Quelles sont les évolutions du marché du travail pour les jeunes français depuis 1998 ?
L’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi
Le chef de l’état a déclaré que l’argent public doit servir à financer la formation, les emplois. Il est vrai que le nombre de demandeurs d’emploi chez les moins de 25 ans a crû de 32% en France sur 12 mois pour atteindre 434 000. Il a crû en moyenne de 19% pour l’ensemble de la population du pays. Si le gouvernement ne réussit pas son plan pour la jeunesse, ce sont environ entre 170 000 et 220 000 jeunes de plus qui pourraient se retrouver au chômage d’ici fin 2010.
Mais qui sont ces jeunes qui ont été au chômage ces dernières années ou qui risquent de l’être dans un futur proche ?
Pour tenter d’analyser au plus près la situation, je vous propose de vous intéresser à plusieurs études longitudinales effectuées par le Cereq (de 98 à 2008). La dernière étude a été dévoilée récemment. Je n’ai pris le temps de l’exploiter mais les données sont disponibles à partir du lien en bas de l’article. Bien entendu, la crise complique encore les données du problème mais je crois qu’il est difficile de proposer des solutions pour la jeunesse dans son ensemble sans prendre en compte toute la jeunesse de la France.
Les enquêtes du CEREQ
Au printemps 2001, le CEREQ a interrogé un échantillon de 55 000 jeunes (élèves, étudiants ou apprentis) sortis de formation initiale en 1998, de tous les niveaux et de toutes les spécialités de formations, parmi les 750000 jeunes qui cette année-là, ont quitté pour la première fois le système éducatif. Cette enquête, intitulée « Génération 98 », succède à l’enquête « Génération 92 » et poursuit le même objectif : analyser les premières années de la vie active au regard de la formation initiale.
L’échantillon de cette étude a donc été interrogé trois ans après sa sortie du système éducatif et devrait être interrogé entre 2003 et 2005, afin de pouvoir analyser le processus de cheminement professionnel des individus au sortir de leur scolarité en France.
Afin de mettre en perspective les 2 enquêtes, les comparaisons des générations 92 et 98 ont été réalisées sur les trois premières années de vie active et sur les formations communes aux 2 enquêtes. Voici quels en sont les principaux résultats :
Ø Les jeunes entrés sur le marché du travail en 1998 ont été plus nombreux qu’en 1992 (750 000 contre 660 000 en 1992).
Ø Ils se caractérisent par un taux plus important de diplômés de l’enseignement supérieur (33 % pour la génération 92 et 38 % pour 98).
Ø La part des jeunes sous diplômes a diminué (25 % en 1992 contre 20 % en 1998).
Ø L’avancée des filles s’est accentuée. Leur probabilité d’entrer sur le marché du travail à un niveau d’enseignement supérieur a été multipliée par 140 % contre 120 % pour les garçons.
Mais la répartition des populations dans les différents domaines reste très contrastée.
I. A qui a profité l’embellie économique de 97/2001 ?
Les jeunes enquêtes en 2001 ont profité du contexte économique très favorable de la période 97/2001. Un des intérêts de l’enquête « Génération 98 » est de faire ressortir quels sont les principaux bénéficiaires de cette croissance de l’emploi. Globalement, les jeunes de la génération 98 ont passé 74 % de leurs trois premières années de vie active en emploi, contre 66 % pour ceux de la Génération 92. Nous pourrions dégager une première règle générale. Plus tu es diplômé, plus la part du temps travaillé durant les 3 premières années de vie active est importante et moins tu es diplômé, plus ta part du temps passé au chômage est longue. Cette réalité s’avère vrai à nouveau pour l’obtention d’un premier contrat à durée indéterminé. Il existe par conséquent une forte corrélation entre le niveau du diplôme est sa capacité d’insertion professionnelle. Mais l’ampleur de cette progression du temps travaillé est très variable selon le niveau et le domaine de formation.
Le type de contrat selon les niveaux d’étude
Les contrats de travail « ordinaire »
La part du temps passé dans des emplois de type contrat de travail à durée indéterminée (CDI) est restée relativement stable, voire a sensiblement augmenté pour la catégorie des plus diplômés ( Bac +2 et au-delà ) et des non diplômés.
L’intérim
La part du temps passé en intérim a plus que doublé pour l’ensemble de la génération 98.
Elle passe de 5 % à 11%. A noter qu’elle s’élève à 13 % pour les CAP ou BEP et elle franchit la barre des 15 % pour les plus diplômés.
Le développement de l’intérim a donc eu de nettes répercussions sur les débuts professionnels des jeunes. Tous niveaux confondus 20 % de la génération 98 a été recruté avec un contrat d’intérim. Seuls 9 % des jeunes sont intérimaires après trois ans.
Les contrats aidés
La proportion de jeunes qui sont sous contrats aidés a elle diminué car les contrats aidés étaient principalement des contrats de qualification ou des contrats emploi-solidarité ( CES ). Ces derniers se sont particulièrement effondrés au profit des emplois-jeunes. Ces emplois touchés essentiellement les bacheliers qui ont, pour la plupart fait un passage dans l’enseignement supérieur sans y décrocher de diplôme et les titulaires d’un DEUG ou d’une Licence de Sciences Humaines. Par conséquent, les conséquences de cette mesure ont été défavorables au moins diplômés.
Le chômage
La part du chômage demeure très élevé chez les non diplômés 26% et 17% pour les détenteurs d’un CAP ou BEP, alors qu’elle a fortement baissé pour la génération 98 en étant à 15%.
Conclusion : L’embellie économique de la fin des années 90 a permis à la génération 98 à rentrer plus rapidement que leurs prédécesseurs dans le monde du travail. Ce sont toutefois les plus diplômés qui ont le plus profité de cette amélioration de la conjoncture et des disparités d’insertion professionnelle se sont accrues entre les niveaux de formation. Par conséquent, on peut dire que la croissance ne permet pas aux moins diplômés de gommer de manière significative leur handicap lié à leurs manques de niveau général de formation ou à leurs absences de compétences professionnelles.
Le domaine de formation
Les données de l’enquête ne me permettent pas d’établir la double corrélation entre les types de contrat et le domaine de formation. Par contre, on peut observer des disparités pour un même niveau d’étude selon le domaine de formation. Par exemple, un titulaire d’un DEUG obtiendra moins rapidement un premier emploi qu’un titulaire d’un BTS ou DUT tertiaire ou industriel et le taux de chômage plaide également en faveur du diplômé du BTS ou du DUT. En outre, ce même titulaire d’un BTS ou d’un DUT s’insèrera plus rapidement dans la vie professionnelle qu’un diplôme de deuxième ou troisième cycle. Ceci est surtout vrai pour la génération 98.
Les bacheliers tertiaires ou généraux rencontrent le même problème. La probabilité de trouver un emploi dans les six mois après leur sortie du cursus s’élève à 68 % alors que les bacheliers industriels obtiennent un score de 81 %. Il est important de souligner que l’intérim prend une place de plus en plus grande pour l’obtention d’un premier emploi. Il représentait pour les bacheliers de ce secteur déjà 20 % pour la génération 92 et 34 % pour la génération 98.
Cette tendance qui profite essentiellement au secteur industriel se vérifie également pour les détenteurs d’un CAP ou d’un BEP avec un l’écart 15 % par rapport au secteur tertiaire. Le poids de l’intérim demeure très important quelle que soit la formation néanmoins elle pèse davantage dans le secteur industriel avec 32 %.
Par ailleurs, les titulaires d’un diplôme d’une école de commerce ou d’une école d’ingénieurs profitent véritablement de la relance de la croissance. Seul 1 % d’entre eux n’ont jamais travaillé durant les 3 premières années de vie active.
En revanche, le taux de chômage des jeunes sans diplômes bien qu’en baisse lui aussi reste tout de même élevé avec 30 %. Une distinction peut-être faite parmi les sans diplôme avec les jeunes qui ont arrêté leur scolarité en seconde année de CAP ou de BEP ou en fin de cursus lycéen. Leur taux de chômage s’élevait à 24 % pour la génération 92 et à 20 % pour la génération 98.
. II. Les différentes trajectoires suivies par les jeunes de la « Génération 98 »
Les études montrent que des itinéraires diversifiés tendent à se substituer aux relations entretenues par le système éducatif et le système productif. Pour saisir cette transformation il faut appréhender les cheminements de l’insertion professionnelle comme étant de plus en plus complexes. Globalement, les jeunes de la Génération 98 ont suivi 4 grands type de trajectoires au cours de leurs premières années de vie active :
Les jeunes accédant immédiatement et durablement à l’emploi
55 % des jeunes commencent à travailler presque immédiatement après leur sortie du système éducatif, et de façon durable.
La plupart ont passé moins de 3 mois au chômage au cours de leurs premières années de vie active. La proportion de jeunes suivant ce type de parcours a beaucoup augmenté depuis la Génération 92, grâce à l’amélioration de la conjoncture économique et du fait de la suppression progressive du service national. Ce sont les jeunes sortant de l’enseignement supérieur qui suivent le plus souvent ce type de parcours. Sur ces accès directs à l’emploi, 47 %sont restés dans leur première entreprise et 53 % ont été mobiles. Il faut noter que les trajectoires marquées par des mobilités ont globalement conduit les jeunes vers des emplois plus stables et mieux rémunérés.
Les jeunes se stabilisent dans l’emploi de manière indirecte
Ils sont 24 % de la Génération 98 dans ce cas. Ainsi, 9 % des jeunes partent effectuer leur service national peu après être sortis de formation initiale. Cela concerne surtout les fins d’études supérieures. Ces jeunes accèdent ensuite rapidement et durablement à l’emploi. Par ailleurs, 4 % des jeunes accèdent à l’emploi après un parcours moins linéaire. Ils ont décroché temporairement de l’emploi après avoir travaillé plusieurs mois mais ils réintègrent ensuite rapidement le marché du travail. Nombre de jeunes sortant de terminale, avec ou sans le BAC, suivent ce parcours. Enfin, 11 % des jeunes accident durablement à l’emploi après avoir traversé une période de chômage. C’est le cas, pour beaucoup, de titulaire d’un BEP ou d’un CAP tertiaire mais aussi pour un certain nombre de diplômés de 3ieme cycle universitaire.
Parcours marqués par le chômage ou l’inactivité
17 % de la Génération 98 révèlent en fin de parcours une dominante de chômage ou d’inactivité.
Parmi ces jeunes, 6 % d’entre eux, apparemment installés dans l’emploi, ont cessé de travailler environ 2 ans et demi après leur entrée dans la vie active. Ce sont surtout des jeunes de niveau CAP ou BEP et, à un degré moindre, des jeunes sortis de l’enseignement supérieur sans diplôme. 7 % des jeunes se sont retrouvés confrontés à un chômage persistant. Il y a parmi eux une fois et demi de femme en plus. Les plus touchées sont celles sorties du système éducatif au niveau CAP ou BEP, se trouvant en concurrence avec des diplômés de niveau plus élevé qu’elles. Le cas des jeunes filles n’ayant qu’un BEP secrétariat est typique.
Enfin, 4 % des jeunes de la Génération 98 ont suivi une trajectoire d’insertion marquée par de longues périodes d’inactivité professionnelle.
Trajectoire de retour en formation
Elles représentent 4 % de l’ensemble de la « Génération 98 ». La moitié de ces jeunes ont repris leurs études, à temps plein, dans un établissement scolaire ou universitaire.
L’autre moitié concerne des jeunes le plus souvent peu ou pas diplômés, ayant consacré une bonne partie de leur parcours à des formations hors emploi(stages, cours par correspondance…).
Sources:
http://sun1.cereq.fr/generationquatrevingtdixhuit.htm
http://www.inegalites.fr/spip.php?article1023&id_mot=29
ENQUETE GENERATION 2004 (PUBLIE EN MARS 2009)
http://sun1.cereq.fr/enquetegeneration2004suite.htm
Ecrit par Philippe Marrot